Sunday, December 4, 2011

Le forum Invest in Haiti et les réformes à consentir pour qu'il porte fruits

Invest in Haiti, un forum économique, a été organisé à Port-au-Prince les 29 et 30 novembre 2011 à l’initiative du gouvernement haïtien, de la Banque Interaméricaine de Développement et la coalition Bush-Clinton. Ce forum, dont l’objectif a été et est encore la redynamisation de l’économie, a vu la participation de Bill Clinton, Vicente Fox (ancien Président mexicain), Président Martelly et certains membres du gouvernement haïtien bien sûr et plus de 1000 investisseurs internationaux et nationaux.

Le gouvernement haïtien s’en est sorti enorgueilli vues les promesses faites par des investisseurs étrangers de revenir au pays pour y investir. C’est ce qui a valu au Président Martelly d’avancer le chiffre très ambitieux de 500.000 emplois sur trois ans. Mais, dans la mesure où entre partenaires économiques rien ne se fait pour rien, il est à se demander comment le gouvernement haïtien va s’y prendre pour maintenir la motivation de ces investisseurs potentiels.

Après le forum, le Ministre des Affaires Etrangères haïtien s’est contenté seulement de dire que, dorénavant, l'acquisition d’un certificat de propriétaire d’entreprise se fera en un temps record. A part cela, on  a entendu rien d’autres en termes de changement. C’est comme si cette innovation annoncée soit la seule baguette magique susceptible de motiver l'investisseur. De plus, quand les officiels du gouvernement ont pris la parole après le forum, ils ont donné l’impression de tenir compte seulement des investisseurs internationaux alors que pas mal d’haïtiens y participaient aussi.
Cette obstination (on dirait folle) de l’investissement étranger empêche vraisemblablement  au gouvernement de comprendre l’importance des réformes à opérer pour venir en aide aux entrepreneurs locaux et, par voie de conséquence, à l’état haïtien lui-même.

Pour qu'on puisse proposer des réformes viables, il faudrait qu'on connaisse d’abord les problèmes auxquels l’économie du pays est actuellement confrontée. En ce sens, un rapport publié par la Banque Mondiale après le tremblement de terre montre que 70% des dommages causés par celui-ci ont été ressenti par le secteur privé des affaires, lequel avait accusé une perte de 3.561 milliards de dollars U.S. en 2010. 

En 2011, le taux de chômage s’est accru à plus de 8.5% de ce qu’il était avant le tremblement de terre. Ainsi s'explique, en partie, le fait que la majorité de nos concitoyens continue de vivre dans la pauvreté la plus abjecte. Selon ce même rapport de la Banque Mondiale, en effet, 70% des haïtiens sont aujourd'hui modérément pauvres et  50% extrêmement pauvres.

Selon la propre estimation du gouvernement haïtien, 95% des entreprises commerciales haïtiennes appartenaient au secteur informel en 2010. Ceci représente un obstacle majeur en termes de prélèvement de taxes et d’innovations techniques et technologiques. Sous un autre angle, disons qu'un très grand pourcentage de ces « business » se trouve dans les catégories dites de petite et moyenne entreprise pour qui l’accès au crédit bancaire constitue un casse-tête.  Se situant entre 48%  et 60%, le taux d’intérêt des banques haïtiennes est le plus élevé de toutes les caraïbes. Pour la plupart des entrepreneurs haitiens affectés par le tremblement de terre, la volonté de reconstituer leur commerce est encore vivace, mais l’exacerbation de la situation économique leur empêche de faire quoique ce soit.

Dans cette perspective, le gouvernement haïtien doit s’assurer que le taux d’intérêt sur le marché haïtien décroît considérablement pour permettre à plus d’entrepreneurs locaux ou nationaux de participer dans le commerce. Pour ce faire, il suffit de suivre l’exemple du gouvernement américain qui régule ou ajuste le taux d’intérêt sur le marché bancaire à chaque fois qu’il y a nécessité de stimuler l’économie.

Comme suggéré dans un rapport du  sous- comité des Affaires Etrangères du Sénat américain intitulé « Without Reform, No Return On Investment In Haiti », une économie naissante comme la nôtre devrait dans l’immédiat  prendre avantage des garanties qu'offre  le secteur tertiaire ou secteur des services. Pour y parvenir, faudrait-il que les petites entreprises aient accès au prêt bancaire au même titre que les grandes entreprises. Ceci est indispensable à plus d’un titre. Car si le développement d'un système de crédit ne met pas fin totalement au marché informel, il peut le réduire très considérablement. Une telle démarche faciliterait, à coup sûr, l’entrée de beaucoup plus de devises dans le fisc en matières de prélèvement de taxes.

Pour attirer l’investissement étranger dans le pays, le gouvernement haïtien se doit de consentir des sacrifices et d’opérer des réformes bureaucratiques profondes. Puisque, à ce qu’il parait, nous sommes sur le point de nous engager dans une compétition sans merci avec les autres pays de la région, nous devrions au moins offrir les mêmes avantages qu’eux aux investisseurs étrangers. Au nombre des réformes à consentir figurent celles-ci :

1.    Simplification des procédures légales permettant de commencer une entreprise  commerciale

2.    Réduction du coût minimum pour débuter ou faire démarrer une entreprise commerciale

3.    Réduction du temps d'attente pour l'obtention d'un permis de construction

4.    Adoption de lois garantissant certains privilèges fiscaux et douaniers à l’investisseur

5.    Amendement des lois relatives au droit de propriété
Bref, avant de s'exulter en déclarant que 500.000 emplois vont être crées sur trois ans, les lois haïtiennes doivent se conformer à certaines exigences de l’investisseur étranger.  A défaut de certaines réformes, l’attirance de l’investissement étranger en Haïti restera un vœu pieux. Les investisseurs y viendront avec la bonne foi d’investir, mais rebrousseront chemin quand ils auront constaté les chamailleries intestines de la bureaucratie haïtienne. En plus de cela, l’état haïtien se doit de s’atteler à la tâche de doter le pays d’un réseau électrique plus raffermissant et des moyens de transport (ports, aéroports, routes terrestres) plus répandus pour faciliter l’importation et l’exportation rapide des biens.

Reginald Villier


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